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octobre 03, 2015

Samir et Alliances dévissent les profits du premier semestsamir-et-alliances-devissent-les-profits-du-premier-semestre






CHUTE DE 32% À 9,8 MILLIARDS DE DH
BANQUE, ASSURANCES, CIMENTS RÉSISTENT MALGRÉ UNE CONJONCTURE DIFFICILE



Les secteurs immobilier et pétrole/gaz ont lourdement pesé, sans grande surprise, sur les résultats semestriels de la cote. Samir et Alliances ont grevé les profits semestriels du marché. Le raffineur a enregistré une perte de 2,2 milliards de DH. La facture pourrait être plus lourde au second semestre puisque l’industriel est quasiment à l’arrêt depuis août. Englué dans des problèmes de trésorerie, Alliances a de son côté publié un résultat déficitaire de 384 millions de DH. L’impact du plan de réduction des charges fixes ne se ressentira qu’à moyen terme. La baisse de 8% du résultat net part de groupe de Maroc Telecom, la première capitalisation du marché, et la dizaine de profits warning ont également une incidence sur la masse des bénéfices. Globalement, les profits des entreprises du Masi ont décroché de 32% à fin juin à 9,8 milliards de DH.
En dehors de l’immobilier et du pétrole, les autres grands secteurs de la cote se comportent mieux. Les banques, malgré un environnement peu porteur, ont amélioré leurs résultats net part de groupe de 2%. Les revenus ont progressé dans la même proportion en dépit de la correction du résultat des activités de marché. Les assureurs ont bouclé un premier semestre d’assez bonne facture malgré un marché actions toujours malade. Le ralentissement de l’activité non vie suscite toutefois quelques interrogations.
Les entreprises financières et les cimentiers inscrivent leurs résultats en hausse malgré une conjoncture peu porteuse. En revanche, Samir et Alliances n’ont pas été vernis. Ils ont plombé les réalisations de leurs secteurs avec des pertes respectives de 2,2 milliards de DH et 384 millions de DH
Dans le BTP, les opérateurs sont touchés à des degrés divers par la baisse des mises en chantiers et le ralentissement des commandes de l’Etat. Mais les cimentiers tirent leur épingle du jeu avec des bénéfices en hausse de 4%. Ils récoltent les fruits de la diversification des produits à forte valeur ajoutée et de la réduction des coûts opérationnels.
Pour le second semestre, le scénario global ne devrait pas s’éloigner de la tendance des six premiers mois de l’année dans le meilleur des cas. Car, en plus de la Samir, il est difficile de prévoir un retour à bonne fortune des compagnies immobilières à court terme surtout celles qui sont le plus en difficulté. La petite forme du crédit et la pression sur le marché domestique pour Maroc Telecom viendront peser sur les résultats des poids lourds du marché. En attendant, tout espoir d’assister à un regain de forme du Masi au deuxième semestre semble improbable. Le principal indice de la place a accentué ses pertes depuis fin juin passant de -0,43% à -5,27% en séance jeudi 1er octobre.
■ Les banques contrariées par la panne du crédit
Pour les banques, c’est le grain de sable qui vient en quelque sorte contrarier leur premier semestre. L’atonie de la demande de crédit des entreprises met l’activité de détail sous pression. Peu de dossiers atterrissent dans les comités de crédit, jurent les banquiers. Ceux qui y arrivent sont dans le même temps soumis à une analyse très rigoureuse. La faible propension des entreprises à investir mais aussi le tour de vis des banques sur certains secteurs, surtout l’immobilier et le tourisme, expliquent en partie la décélération du crédit. Seule la consommation des ménages permet de maintenir à flot l’activité. Cette catégorie de clientèle profite de la détente des taux d’intérêt sur le marché aujourd’hui pour acquérir un logement.
Quoiqu’en retrait par rapport aux années fastes, la croissance des prêts à l’habitat ressort à près de 7%. Le rythme est plus soutenu pour le crédit à la consommation. Mais pour les établissements, la reprise rapide de la consommation des entreprises est primordiale. Sur 3 DH de crédit, 2 DH sont accordés à cette clientèle. Celle-ci génère plus de revenus que la clientèle des particuliers d’où l’offensive des banques sur les TPME qui étaient jusqu’ici quelque peu marginalisées (cette population n’absorbait que 36% de l’encours des crédits aux entreprises à fin 2014).
De janvier à juin, le produit net bancaire des établissements cotés a progressé de 2% à 27 milliards de DH. Sa croissance a été ralentie par la correction du résultat des activités de marché dans un contexte de taux stables. Les activités de marché avaient fortement soutenu les résultats des banques les deux années précédentes. D’une certaine manière, il s’agit d’un retour à la normale. Le coefficient d’exploitation des six banques cotées ressort en moyenne à 51,3% à fin juin avec d’importants écarts au niveau individuel. Attijariwafa bank affiche un coefficient d’exploitation de 44,5% contre 59,6% pour CIH Bank. La filiale de la CDG, BMCE Bank et Crédit du Maroc affichent les ratios les plus élevés du secteur. Pour les banques transfrontalières, le coefficient d’exploitation ressort à 49,5% en moyenne contre 53,2% pour les établissements qui opèrent essentiellement sur le marché domestique. Excepté CIH Bank, le coefficient d’exploitation s’est dégradé pour toutes les autres banques en raison notamment de la non-récurrence des revenus exceptionnels dans les activités de marché. A fin juin, les banques cotées ont engrangé plus de 5,1 milliards de DH de bénéfices en hausse de 2%.
■ Assurance: Ralentissement du segment non vie
C’est un semestre presque parfait pour les assureurs, excepté la décélération du rythme de la croissance dans la branche non vie. La progression des primes s’est limitée à 1,5%. L’assurance auto qui concentre 2/3 du chiffre d’affaires de ce segment est en petite forme. Les immatriculations de véhicules neufs ont reculé de 3%.
Sur le parc ancien, les professionnels prévoient un rush des renouvellements de contrats en septembre et décembre. Cela voudrait dire qu’une bonne partie du chiffre d’affaires de l’année sera réalisée au second semestre. Les opérateurs tablent sur une croissance de l’assurance non vie identique à l’année dernière. Sur l’activité vie, la détente de la tension sur les liquidités bancaires a permis de maintenir une croissance robuste de près de 11%. Les trois opérateurs cotés ont émis 7,5 milliards de DH de primes au premier semestre en augmentation de 5%. Les résultats financiers sont bien orientés malgré un marché boursier toujours malade. Le bénéfice sectoriel se hisse à 823 millions de DH en amélioration de 9%.
Le secteur se prépare à d’importants changements dans les prochains mois avec notamment l’entrée en vigueur de la circulaire de la DAPS sur le recouvrement des primes. L’idée est notamment de réduire significativement les impayés qui polluent la relation entre les assureurs et les intermédiaires.
Pour les clients, la mise en œuvre du dispositif, à partir de mars 2016, institue le paiement comptant de la prime pour l’assurance auto pour les particuliers. C’est aussi la part la plus importante du marché. La profession étudie également la création d’une sorte de centrale de risque pour mieux apprécier le risque client. Par ailleurs, un réajustement du contrat programme signé en 2010 est en cours. Près de cinq ans après sa mise en place, le résultat est plus que limité.
■ Télécoms: IAM sous pression dans le mobile
Le chiffre d’affaires de Maroc Telecom a bondi de 14% au premier semestre à 16,5 milliards de DH. Cette forte croissance tient à l’entrée dans le périmètre des six actifs acquis auprès d’Etisalat. Sur une base comparable,
Les résultats annuels 2014 puis des six premiers mois de 2015 ont entamé le regain de forme du Masi. L’indice phare de la place a creusé ses pertes, depuis fin juin il affichait une baisse annuelle de plus de 5% en séance le 1er octobre contre 0,43% à fin juin les revenus sont stables d’une année à l’autre. Cette stagnation cache une forte croissance de l’activité dans les filiales et une forte pression sur les revenus dans le mobile sur le marché domestique. Le chiffre d’affaires de Maroc Telecom a reculé de 7% sur ce segment à 7,2 milliards de DH. En trois ans, les prix de Maroc Telecom ont décroché de 56%. Il s’agit plus d’une baisse subie que volontaire. La bataille sur les tarifs oblige l’opérateur à contrer les offres très agressives de la concurrence.
C’est le cas notamment pour le déploiement de la technologie 4G. «Nous nous sommes alignés sur les offres de nos concurrents. Je ne sais pas ce que nous aurions fait si nous avions été seuls », a avoué Abdeslam Ahizoune, président du directoire de Maroc Telecom lors de la présentation des résultats semestriels du groupe.
Au grand bonheur des consommateurs, les services 4G+ seront facturés au même prix que ceux de la 3G. Cependant, «la poursuite de la baisse des prix dans le mobile est une menace pour l’investissement. Elle peut être synonyme de descente aux enfers», a averti Ahizoune. Le revenu moyen par client s’est établi à 63,5 DH au premier semestre. Il s’est dégradé de 22% sur trois ans.
■ Immobilier : Alliances et CGI plongent, Addoha et Résidences Dar Saada résistent
Avec la radiation de la CGI le 30 septembre, le secteur immobilier ne compte plus que trois entreprises en Bourse. La filiale de la CDG sort précipitamment de la cote après les ennuis judiciaires liés à l’affaire Madinat Badès. Sans véritable pilote à la tête de l’entreprise et une conjoncture peu porteuse, le promoteur a vu son chiffre d’affaires se diviser par quatre pour s’établir à 418 millions de DH. Il enregistre une perte sèche de 70 millions de DH contre un bénéfice de 191 millions de DH une année plus tôt. Alliances, qui cristallise beaucoup l’attention, se retrouve au terme du premier semestre dans une posture plus délicate. 
Le groupe a publié un résultat net part du groupe déficitaire de 384 millions de DH. Il était bénéficiaire de 207 millions de DH une année plus tôt. Ce résultat tient notamment à l’effondrement du chiffre d’affaires. Il est passé de près de 2 milliards de DH à 373 millions de DH.
Plombé par le pôle Construction, Alliances éprouve visiblement des difficultés dans les autres segments. Dans l’habitat social, les ventes seraient presque à l’arrêt pour tous les opérateurs. Alliances tout comme CGI ne semblent pas profiter du regain de forme du crédit à l’habitat. L’image des deux promoteurs aurait-il pris un coup ? Très endetté, Alliances a conclu des arrangements avec les banques ainsi qu’avec les détenteurs de sa dette privée. Mais, jusqu’ici aucun plan de restructuration financière n’a été présenté au marché. Par ailleurs, la relation du promoteur avec certains de ses fournisseurs surtout dans le pôle Construction pourrait fortement se dégrader. Ils doivent abandonner 40% de leurs créances et obtenir le remboursement du reliquat en deux tranches selon l’arbitrage du médiateur. Le juge du tribunal de commerce doit encore valider cette solution.
Le climat est moins délétère pour les deux autres compagnies immobilières en Bourse. Addoha a maintenu son chiffre d’affaires semestriel stable à 3,4 milliards de DH. Le résultat d’exploitation s’améliore de 4% à 697 millions de DH. Les bénéfices (part du groupe) enregistrent une hausse de 2% à 512 millions de DH. A fin juin, le groupe estime être en avance par rapport aux objectifs du plan génération cash. Il s’est désendetté de plus d’1 milliard de DH au premier semestre ramenant sa dette nette à 8,3 milliards de DH. Un niveau qui reste relativement élevé. Cela dit, en six mois, le gearing s’améliore de 8 points à 72%.
Les revenus de Résidences Dar Saada, eux, ont diminué de 13% au premier semestre à 679 millions de DH. «Ce résultat est en ligne avec le cadencement de la livraison pour l’année 2015», commente le management. Le résultat net baisse de 5,5% à 155 millions de DH. Il faudra un second semestre robuste pour permettre à l’opérateur d’être en phase avec le business plan communiqué au marché. Des réalisations en fort décalage avec les prévisions une année après l’introduction en Bourse ne feraient pas bon effet. Le stock de produits finis totalisait 7.010 unités à fin juin. «Il répondra à l’accélération des livraisons au 2e semestre», espère le management. Au niveau de la santé financière, la société affiche un gearing de 60%.
■ Les cimentiers indemnes de la grisaille dans le BTP
Les cimentiers ont quelque peu échappé à la morosité dans le BTP. Malgré la forte baisse des mises en chantier, les indicateurs sont bien orientés pour Lafarge Maroc, Ciments du Maroc et Holcim. Ils ont ensemble enregistré un chiffre d’affaires de 6,2 milliards de DH en hausse de 3,2%. Seul Holcim n’a pas contribué à la hausse des revenus. Le résultat net s’affiche à 1,5 milliard de DH en progression de 4%.
Le mariage entre Lafarge et Holcim qui sera effectif au Maroc courant 2016 va donner naissance à une entité dont le chiffre d’affaires semestriel aurait été de 4,3 milliards de DH. Ce serait la quatrième plus importante entreprise du Masi avec une capitalisation boursière de 39 milliards de DH sur la base des cours le 1er octobre. Surtout, le rapprochement entre le français et le suisse va clarifier les intentions des autres opérateurs sur le marché notamment la filiale marocaine du groupe italien Italcementi. La fusion entre Lafarge et Holcim ne devrait pas donner lieu à des cessions d’actifs. Du coup, Ciments du Maroc qui guettait une opportunité, va maintenir son investissement dans le Nord.

Franck FAGNON
leconomeste marocaine

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